À partir de quel vent arrêter un chantier ? Grue, levage, couverture — et ce que dit votre marché

« On arrête à combien ? » a trois réponses différentes selon qu'on parle de sécurité, d'indemnisation ou de délai. Les repères usuels — et pourquoi les rafales comptent plus que le vent moyen.

Mis à jour le 23 août 2026 · 7 min de lecture

Rafales ou vent moyen : la précision qui change tout

Les relevés distinguent le vent moyen (moyenné sur dix minutes) et les rafales (le maximum instantané). Sur un chantier, ce qui couche une charge, une banche ou un bardage est la rafale, pas la moyenne : à vent moyen 40 km/h, des rafales à 70 sont banales. Un CCAP sérieux précise lequel des deux son seuil vise ; s'il ne le dit pas, clarifiez-le par écrit avant le premier litige — l'écart entre les deux lectures se compte en jours de prolongation.

Les repères usuels par activité

Les valeurs ci-dessous sont des ordres de grandeur couramment rencontrés dans les notices, les recommandations professionnelles et les CCAP — pas des seuils réglementaires. La notice de votre matériel et votre document unique priment toujours.

  • Grue à tour : la notice du constructeur fixe le vent limite en service — fréquemment autour de 72 km/h en rafales, parfois moins selon la charge et la voilure ; hors service, la grue est mise en girouette.
  • Grue mobile et levage : limites souvent plus basses, dégressives selon la surface au vent de la charge — c'est l'abaque de la notice qui décide, pas une valeur unique.
  • Couverture, charpente, bardage : le travail en hauteur avec éléments de grande surface devient critique bien avant les limites de grue ; beaucoup d'entreprises arrêtent vers 50–60 km/h de rafales.
  • Échafaudages, banches : points sensibles au montage et au coulage ; les recommandations professionnelles imposent stabilisation et arrêt au-delà des vents prévus au calcul.
  • CCAP : les seuils contractuels observés tournent souvent autour de 50 à 70 km/h en rafales — mais seul le vôtre compte.

Prouver le vent : la station fait foi

Pour la prolongation, le CCAG renvoie au relevé de la station indiquée au CCAP ou la plus proche du chantier. Les stations Météo-France publient vent moyen et rafales quotidiennes ; c'est cette mesure-là — pas l'anémomètre de la grue ni le ressenti — qui sera comparée au seuil. Conséquence pratique : notez chaque arrêt au journal de chantier le jour même, et vérifiez le relevé de la station avant de compter le jour dans votre demande.

L'anémomètre de la grue reste précieux : c'est lui qui déclenche l'arrêt de sécurité en temps réel, et son enregistrement peut corroborer le relevé de la station en cas d'écart local. Mais dans le décompte contractuel, il complète la station, il ne la remplace pas.

En pratique

  1. Relisez la notice de chaque équipement de levage : notez son vent limite en service.
  2. Relisez le CCAP : seuil chiffré, vent moyen ou rafales, station désignée.
  3. Par grand vent : arrêtez selon la notice et l'évaluation des risques, consignez au journal.
  4. Pour le délai : comparez le relevé de la station au seuil du CCAP, jour par jour, et demandez la prolongation avec le décompte.

Questions fréquentes

Existe-t-il un seuil de vent légal pour arrêter un chantier ?
Non. La loi impose un résultat — ne pas exposer les salariés à un danger — sans fixer de valeur. Les valeurs chiffrées viennent des notices de matériel, des recommandations professionnelles et, pour le délai, du CCAP.
Mon CCAP dit 60 km/h sans préciser rafales ou vent moyen. Que retenir ?
Faites-le préciser par écrit au maître d'œuvre avant tout litige. En attendant, documentez les deux valeurs chaque jour d'arrêt : vous pourrez soutenir la lecture la plus favorable avec les chiffres en main.
L'anémomètre de la grue suffit-il comme preuve ?
Pour la sécurité, oui — c'est lui qui commande l'arrêt. Pour la prolongation contractuelle, le CCAG renvoie au relevé de la station de référence ; l'enregistrement de l'anémomètre vient en complément.
Le vent compte-t-il pour le chômage-intempéries ?
Oui, si les conditions rendent le travail dangereux ou impossible — l'appréciation est qualitative et relève de l'employeur. C'est un régime distinct de la prolongation de délai.

Textes de référence

  • Code du travail, art. L4121-1L'obligation générale de sécurité de l'employeur, indépendante des seuils contractuels.
  • CCAG-Travaux, art. 18.2.3 (arrêté du 30 mars 2021)La prolongation pour intempéries au-delà des seuils du CCAP, constatée sur le relevé de la station de référence.
  • Code du travail, art. L5424-8La définition qualitative de l'intempérie pour le régime du chômage-intempéries.

Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Météo applique vos seuils à des relevés publics ; l'appréciation des arrêts relève du maître d'œuvre et, le cas échéant, du juge.