Seuils d'intempéries dans le CCAP : pourquoi il n'y a pas de barème national, et quelles valeurs on rencontre
La question revient à chaque réclamation : « à partir de combien de millimètres ? ». La réponse est dans votre marché — et si elle n'y est pas, c'est déjà un problème.
Mis à jour le 23 août 2026 · 6 min de lecture
Pourquoi le CCAG ne donne pas de chiffres
Le CCAG-Travaux définit l'intempérie par ses effets : des conditions rendant le travail dangereux ou impossible. Il laisse ensuite aux documents particuliers du marché le soin de préciser, s'ils le souhaitent, « une valeur limite à dépasser » — tant de millimètres de pluie sur une période donnée, tant de km/h de vent, une température minimale pendant une certaine durée.
La raison est simple : un seuil de vent qui arrête une grue à tour n'a rien à voir avec celui qui arrête un terrassement, et le gel qui interdit un coulage de béton n'empêche pas une pose de cloisons. Le seuil dépend du corps d'état et du chantier. Un barème national serait faux partout.
Les valeurs que l'on rencontre
À titre indicatif — ces valeurs n'ont aucune autorité, elles reflètent des pratiques courantes de rédaction :
- Gros œuvre, maçonnerie — pluie supérieure à 10 mm par jour ; vent supérieur à 60 km/h en rafales (grue) ; température inférieure à 0 °C (béton) ; parfois une durée de gel minimale.
- Couverture, charpente, façade — vent supérieur à 50 km/h en rafales (travail en hauteur) ; pluie dès 5 mm ; gel dès −1 °C pour les travaux humides.
- VRD, terrassement — pluie cumulée sur 24 ou 48 heures, souvent 15 à 20 mm, qui rend les fonds de forme impraticables ; gel dès −2 °C ; vent peu pertinent.
- Second œuvre hors clos-couvert — seuils élevés ou absents ; surtout les températures extrêmes et l'accès au chantier.
- Canicule — de plus en plus présente : température maximale supérieure à 35 °C, ou vigilance orange canicule, reconnue comme intempérie depuis 2024.
Trois questions de rédaction qui changent le décompte
Vent moyen ou rafales ?
Un CCAP qui écrit « vent supérieur à 60 km/h » sans préciser laisse ouverte une discussion de 30 %. Les stations Météo-France relèvent les deux : la vitesse moyennée sur dix minutes et la rafale instantanée. Pour les travaux en hauteur et le levage, c'est la rafale qui arrête le travail, et c'est elle qu'un CCAP bien rédigé vise.
Température minimale, ou durée de gel ?
« Température inférieure à 0 °C » se franchit par une pointe de −0,3 °C à 6 h du matin, qui n'empêche rien à 9 h. « Température inférieure à 0 °C pendant plus de quatre heures » vise un gel qui compromet réellement une prise de béton. Les stations Météo-France relèvent la durée de gel en minutes — aucun modèle ne la fournit. Un CCAP qui retient ce critère impose de fait une station, pas un modèle.
Pluie journalière, ou cumul ?
10 mm en une journée arrête une pose de membrane ; 10 mm par jour pendant cinq jours rend un terrassement impossible une semaine de plus. Un CCAP de VRD qui ne prévoit qu'un seuil journalier sous-estime structurellement les arrêts. Le cumul sur 48 ou 72 heures est la rédaction adaptée.
Si le CCAP ne dit rien
C'est fréquent, et c'est le cas le plus inconfortable. Le titulaire retombe sur la définition qualitative — travail dangereux ou impossible — qu'il devra justifier au cas par cas, avec le journal de chantier et les relevés. Les seuils de la caisse de congés intempéries du BTP, ou ceux d'usage dans la profession pour le corps d'état concerné, servent alors de référence raisonnable, sans valeur contractuelle.
Questions fréquentes
- Le CCAP renvoie aux seuils « de la caisse intempéries ». Lesquels ?
- Les caisses de congés intempéries du BTP (CIBTP) appliquent la définition du code du travail pour indemniser le chômage-intempéries ; elles ne publient pas un barème chiffré national. Un tel renvoi est donc imprécis. Demandez au maître d'ouvrage de le préciser, ou retenez les seuils d'usage du corps d'état en les documentant.
- Peut-on appliquer les seuils d'un autre marché similaire ?
- Pas contractuellement. Ils peuvent servir d'argument de raisonnabilité si votre CCAP est muet, mais ils ne s'imposent pas au maître d'ouvrage.
- La station la plus proche ne mesure pas le vent. Que faire ?
- C'est fréquent : beaucoup de postes ne relèvent que pluie et température. Si votre CCAP comporte un seuil de vent, il faut une station qui le mesure, quitte à ce qu'elle soit un peu plus éloignée — et l'indiquer explicitement dans le décompte. Un seuil de vent évalué sur une station sans anémomètre donne zéro jour, ce qui est faux.
Textes de référence
- CCAG-Travaux 2021, art. 18.2.3 — Renvoi aux documents particuliers du marché pour les valeurs limites.
- Code du travail, art. L5424-8 — Définition qualitative de l'intempérie.
- NF P03-001 (2017) — Marchés privés.
Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Météo applique vos seuils à des relevés publics ; l'appréciation des arrêts relève du maître d'œuvre et, le cas échéant, du juge.