Prolongation de délai pour intempéries en marché public : ce que dit l'article 18.2.3 du CCAG-Travaux

Les intempéries ne suspendent pas le délai toutes seules. Il y a une condition, un calcul, et un document — et le titulaire qui ne les connaît pas laisse des jours sur la table.

Mis à jour le 23 août 2026 · 7 min de lecture

La condition : un arrêt effectif, constaté

Le CCAG ne prolonge pas le délai parce qu'il a plu. Il le prolonge parce que les intempéries ont entraîné un arrêt de travail sur le chantier, et que cet arrêt a été constaté. Deux choses doivent donc être établies : que les conditions météorologiques ont franchi le seuil d'intempérie applicable, et que le travail s'est effectivement arrêté ce jour-là.

D'où l'importance de deux documents tenus au jour le jour : le journal de chantier, qui note l'arrêt et sa cause, et le relevé météorologique de la station de référence, qui établit le franchissement du seuil. L'un sans l'autre est contestable.

Ce qu'est une intempérie — et qui le définit

Le CCAG renvoie aux « dispositions législatives ou réglementaires applicables » — en pratique la définition du code du travail pour le régime du chômage-intempéries : des conditions atmosphériques rendant l'accomplissement du travail dangereux ou impossible, eu égard à la santé et à la sécurité des salariés ou à la nature et à la technique du travail.

Cette définition est qualitative. Les seuils chiffrés — tant de millimètres de pluie, tant de km/h de vent, telle température — relèvent du CCAP de chaque marché. Il n'existe pas de barème national. Un titulaire qui cherche « les seuils officiels » ne les trouvera pas, parce qu'ils sont dans son contrat.

Le calcul

La prolongation est égale au nombre de jours réellement constatés pendant lesquels le travail a été arrêté du fait des intempéries, sous déduction, le cas échéant, du nombre de jours d'intempéries prévisibles indiqué dans les documents particuliers du marché.

Règle 1 — Les jours non ouvrés inclus comptent

Les samedis, dimanches et jours fériés ou chômés compris dans la période d'intempéries sont ajoutés pour le calcul de la prolongation. Un arrêt qui commence un jeudi et se termine le mardi suivant compte six jours, pas quatre. C'est une règle du CCAG, et elle joue en faveur du titulaire.

Règle 2 — Les jours prévisibles se déduisent

Si le CCAP prévoit un nombre de jours d'intempéries réputées prévisibles — dix, quinze, vingt jours selon la région et la saison — ces jours sont censés être déjà intégrés dans le délai d'exécution. La prolongation n'est due qu'au-delà. Un marché qui prévoit quinze jours prévisibles et qui en subit vingt-deux donne droit à sept jours de prolongation, pas vingt-deux.

L'ordre de service

La prolongation est notifiée au titulaire par un ordre de service qui en précise la durée. Elle ne résulte ni du silence du maître d'œuvre, ni d'une mention au journal de chantier, ni d'un accord oral en réunion. Le titulaire qui n'a pas reçu d'ordre de service n'a pas de prolongation opposable — et s'expose aux pénalités de retard.

En pratique, c'est au titulaire de déclencher : signaler chaque arrêt au maître d'œuvre au moment où il survient, puis demander formellement la prolongation, décompte et relevés à l'appui. Attendre la fin du marché pour tout réclamer d'un bloc est la façon la plus sûre de se voir opposer l'absence de constatation contradictoire.

Ce que le dossier doit contenir

  1. L'extrait du CCAP fixant les seuils d'intempéries et, le cas échéant, le nombre de jours prévisibles et la station de référence.
  2. Le relevé quotidien de la station de référence sur la période, avec la source.
  3. Le décompte jour par jour : seuil franchi, arrêt constaté, jours non ouvrés inclus, total, déduction des jours prévisibles.
  4. Les pages du journal de chantier mentionnant les arrêts.
  5. Les courriers de signalement adressés au maître d'œuvre au fil de l'eau.

Questions fréquentes

Le maître d'œuvre refuse la prolongation au motif que « il pleut souvent dans la région ».
C'est précisément ce à quoi servent les jours prévisibles : s'ils sont prévus au CCAP, ils sont déduits, et le reste est dû. S'ils ne sont pas prévus, le CCAG ne permet pas d'opposer la « normalité » du climat — seul le franchissement des seuils et l'arrêt constaté comptent.
Faut-il un certificat Météo-France ?
Le CCAG exige un relevé de station météorologique. Le certificat d'intempérie de Météo-France en est une forme ; les données climatologiques publiées par Météo-France en Licence Ouverte en sont une autre, vérifiable par le maître d'œuvre. Ce qui compte est que le relevé provienne de la bonne station et couvre la période.
Les intempéries ont eu lieu, mais nous avons continué à travailler partiellement.
Le CCAG vise l'arrêt de travail. Une journée où le chantier a tourné, même au ralenti, n'est pas une journée d'arrêt. Certains CCAP admettent des demi-journées ; à défaut, seuls les arrêts complets sont décomptés. Le journal de chantier doit être explicite.
Et en marché privé ?
La norme NF P03-001, si elle est contractuelle, prévoit que les délais sont prolongés de la durée des journées d'arrêt pour intempéries, à la double condition que ces arrêts soient conformes au code du travail et que les journées d'impossibilité technique soient validées par le maître d'œuvre. La logique est la même ; le formalisme est celui du marché.

Textes de référence

  • CCAG-Travaux 2021, art. 18.2.3Prolongation des délais en cas d'intempéries ; calcul ; ordre de service.
  • CCAG-Travaux 2009, art. 19.2.3Rédaction antérieure, applicable aux marchés qui y renvoient encore.
  • Code du travail, art. L5424-8Définition de l'intempérie pour le régime du chômage-intempéries.
  • NF P03-001 (2017)Marchés privés : prolongation de la durée des journées d'arrêt validées.

Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Météo applique vos seuils à des relevés publics ; l'appréciation des arrêts relève du maître d'œuvre et, le cas échéant, du juge.